• Chapitre 18 : Théodora

    Théodora s'était levée aux aurores pour nettoyer les sols de l'établissement. Il était hors de question que les clients marchent sur des sols poussiéreux et crasseux...

    Une fois cette tâche terminée, la jeune femme s'occupa des draps qu'il fallait changer et laver.

    Elle ne gagnait pas d'argent, en contrepartie, Jayne la logeait et la nourrissait. Théodora ne possédait que le strict nécessaire qu'on avait voulu lui accorder.

    Viserys ouvrir sans frapper la porte de l'établissement et entra. Il était venu sans escorte, encore furieux que son propre frère s'oppose à lui, et cherchait de quoi se changer les idées. N'ayant pas trouvé d'adversaire à sa mesure disponible sur le terrain d'entrainement, il s'en remettait aux conseil qu'on lui avait donné concernant les bordels de la capitale. Et il espérait aussi y retrouver certains compagnons revenus de Dorne avec lui, et avec lesquels il n'avait pas eut l'occasion de discuter depuis le tournoi de Vivesaigues.

    Théodora se trouvait dans l'une des chambres de l'établissement. Elle était occupée à refaire un lit dont elle venait de changer les draps.

    Il était encore tôt et les clients ne venaient pas avant un petit moment, en général, mais elle entendit la porte claquer. Celui qui venait d'entrer devait être en colère... Chose étonnante quand on savait que les hommes venaient prendre du bon temps dans les bordels.

    Elle s'arrêta dans sa tâche pour aller accueillir l'inconnu... Elle prit, en passant, une cape pour dissimuler son visage. C'était ainsi qu'elle se présentait aux clients quand cela arrivait... Quand elle l'aurait accueillit, elle se chargerait de trouver une prostituée répondant à ses attentes... avec le temps, elles les connaissaient toutes.

    - Bonjour, bienvenue dans le bordel de Madame Jayne.

    Viserys se tourna vers la jeune femme. Il portait un pourpoint aux couleurs Targaryens, et des vêtements de tissus légers dans les teintes d'or et de rouge. Le tout le désignait comme un personnage important, si ce n'est princier pour ceux qui le connaissent au moins de réputation.

    - Les femmes se cachent donc maintenant, pour accueillir à la porte ? Je sens que je vais rapidement regretter Dorne...

    Le ton était revêche, mais pas agressif.

    Théodora entrevoyait les beaux habits de son interlocuteur. Elle devait paraître bien miteuse avec ses habits à elle... Sa cape était belle, elle était faite d'un velour rouge presque noire... Cependant, c'était un vieux tissu abîmé par le temps, Théodora avait pu avoir ce tissu d'occasion au marché. Elle portait une robe qu'elle avait confectionné elle-même dans un tissu bas de gamme. Jayne ne lui achetait pas de vêtements tout neufs, c'était trop cher pour appartenir à quelqu'un comme Théodora donc la jeune femme avait appris à se confectionner elle-même ses vêtements à partir de guenilles qu'on voulait bien lui laisser.

    Théodora ne se prostituant pas, elle n'était pas rentable et n'avait pas besoin de paraître jolie ou désirable. Cependant, elle s'occupait très bien de l'entretien du bordel et était très efficace.

    L'homme en face d'elle était un noble. C'était sûr... d'un haut rang mais elle ne pourrait pas deviner qu'il était le prince quoique... de tels habits... elle reconnaissaient les habits de la maison Targaryen, les souverains.

    Elle s'inclina pour faire une révérence maladroite, peu habituée à se retrouver face à des clients aussi fortunés et appartenant à de telles familles...

    - Pardonnez-moi, messire, dit-elle avec hésitation, ne sachant pas comment le nommer, il vous serez désagréable de voir mon visage. Vous êtes ici pour passer un bon moment...

    Elle attendit quelques secondes pour poursuivre.

    - Avez-vous des attentes particulières ?

    Il était certain qu'il faudrait lui présenter les plus belles femmes que le bordel abrite.

    Viserys haussa un sourcil. Il n'était pas courant dans les bordels de trouver une femme "désagréable à regarder".

    - Je veux savoir ce que la capitale sais offrir. Voir au moins si je perd vraiment mon temps ici.

    - Bien, Messire.

    Théodora réfléchit rapidement. Si jamais ce noble n'était pas satisfait, elle passerait vraiment un sale quart d'heure car cela reviendrait aux oreilles de la patronne.

    Elle conduisit Viserys à travers la maison close pour lui présenter trois prostituée toutes plus belles les unes que les autres. Elles avaient des corps à faire envier n'importe quelle autre femme, des yeux de biches et envoutants et elles portaient des belles tenues avec des beaux tissus légers afin de les mettre en valeur. Il y avait une brune, une rousse et une blonde.

    - L'une d'elles vous conviendrait, Messire?

    Une des prostituées lança un regard méprisant vers Théodora. C'était la blonde. Elles connaissaient le visage de la jeune femme et pas mal de prostituées se permettaient de prendre Théodora de haut du fait qu'elle était logée là sans se prostituer et qu'une femme avec un tel visage puisse se trouver dans un tel endroit. C'était un miracle que certaines n'acceptaient pas.

    Tout en observant les trois femmes, Viserys surprit le regard que l'une d'elle adressa à la jeune femme encapuchonnée. Il se demanda vaguement quelle genre de rancune pouvait attiser de tels regards.

    Rien que d'avoir eut cette pensée prouva au prince qu'il n'avait en fin de compte aucune envie de ce genre de plaisir, ou que en tout cas, aucune de ces trois femmes ne l'intéressait.

    - Toi, répondit-il simplement.

    Mensonge ou curiosité, il n'en avait cure. Il braqua son regard violet sur la jeune fille au visage caché.

    Théodora aurait pensait qu'il prendrait la blonde, c'était la plus demandée. Elle fut étonnée très fortement de sa réponse. C'était forcément une blague de très mauvais goût. Les trois prostituées aussi furent surprises et la blonde éclata de rire.

    Sous sa cape, Théodoira se sentit rougir de honte.

    La plupart des prostituées de l'établissement était sympathique avec elle mais une très petite minorité, comme la blonde, la détestait d'être nourrie, logée, et entretenue dans une vie précaire mais suffisante alors qu'elle ne se prostituait pas comme les autres. C'était cela qu'on lui reprochait.

    Au bout d'un moment, Théodora se décida à répondre en choisissant bien ses mots pour ne pas froisser le client de haut rang:

    - Navrée de devoir vous l'apprendre, Messire, mais mon corps ne fait pas partie de ceux que vous pouvez choisir.

    La blonde ne riait plus mais avait un sourire moqueur sur le visage. La rousse semblait encore étonnée et la brune semblait avoir une certaine pitié pour Théodora.

    Viserys pinça les lèvres. Non seulement on lui refusait quelque chose, mais le ton moqueur dans le rire de la femme blonde l'irritait prodigieusement.

    - Sais-tu qui je suis, pauvre gamine ? Je veux voir ton visage.

    Le ton de l'homme ne laissait aucun doute : c'était un ordre.

    La blonde cessa de sourire devant le ton du prince. Elle n'était pas stupide et venait de reconnaître son rang royal. Un regard autour d'elle et elle put constater qu'elle était la seule.

    Théodora était pétrifiée. Non, elle ne savait pas qui il était et cela l'inquiétait. Elle avait pu remarquer qu'il était noble et devait avoir de l'influence s'il faisait parti de la maison Targaryen...

    Le ton de l'homme la glaçait, c'était un ordre, évidemment. Elle ne pouvait pas trouver une combine pour garder son visage caché.

    Elle releva un peu la tête et vit la blonde, assez pâle la regarder avec des yeux sévères lui indiquant qu'elle ferait bien d'obéir.

    Lentement, sans avoir dit un seul mot, Théodora releva le capuchon de sa cape pour découvrir son visage. Elle avait honte. Elle angoissait des remarques qu'elle allait se prendre. Elle avait le regard rivé sur le sol. Elle devrait être habituée pourtant qu'on se moque d'elle mais, peut-on vraiment être habituée à être rabaissée pour un détail physique qui n'était pas de votre faute ?

    Viserys la Toisa en silence. Un cicatrice... Cette, il en avait vu de pires, mais voilà au moins qui expliquait pourquoi cette jeune femme se cachait et n'était pas "proposée" au clients. Le prince avait remarqué que, si les cicatrices rendait les hommes plus "virils" aux yeux du monde, elles ne faisaient qu'amocher les femmes. Soit.

    Changeant délibérément de conversation, il demanda :

    - Avez vous eut la visite, dans les jours précédents, d'un certain membre de la famille Dayne ?

    Théodora serrait les dents. Elle détestait montrer son visage sous la contrainte, elle détestait le montrer tout court. C'était disgracieux. Elle avait même du mal à se regarder en face devant une glace.

    Le noble changea de sujet... il ne devait pas s'attendre à voir une balafrée. Étrangement, il ne faisait plus le malin à dire qu'il la souhaitait. Théodora avait déjà vu des clients avec des cicatrices venir ici.. C'était des guerriers, leurs blessures les rendant attrayants pour certains. C'était de la sorcellerie de voir qu'un homme avec une cicatrice était trouvé beau mais qu'une femme devenait un vrai déchet.

    "Je vais chercher le registre, Messire."

    Elle prit le registre où le nom des clients venus étaient répertoriés. Elle revint, le bouquin dans les mains.

    Les trois prostituées étaient retournées à leurs occupations, Viserys ayant dit qu'il n'en voulait pas...

    Ne pouvant lire les noms marqués dedans, Théodora tendit le registre à l'homme d'une main légèrement tremblante de colère qu'on l'ait forcé à découvrir son visage.

    Il y avait effectivement le nom que recherchait Viserys.

    Le prince prit le registre et parcouru les noms. En effet, cette caricature de chevalier du Sud était bien passée. Décidément, il avait une drôle de façon de "se faire des relations à la capitale" pour le compte de son père.

    - Il est possible qu'il repasse aujourd'hui... Apportez donc une coupe de vin en attendant.

    Théodora hocha juste la tête.

    - Auriez-vu une préférence concernant le vin que vous souhaitiez ? Nous en avons de tout Westeros.

    La jeune femme avait hâte de se soustraire à la présence du prince.

    - Si au moins vous pouviez m'éviter cette eau colorée qu'ils font dans le Brief... Un rouge de Dorne épicé serait parfait.

    Viserys s'installa nonchalamment sur les coussins aux couleurs chaudes d'un des fauteuils de la pièce principale.

    Théodora s'éclipsa pour se rendre dans la cave de l'établissement. Elle ne savait pas lire les étiquettes mais elle connaissait les bouteilles. La jeune femme prit un vin rouge venant de Dorme et l'apporta avec un verre au prince. Elle le servit sans un mot.

    De plus, entre temps, elle avait remis son capuchon.

    Viserys se servit un verre et commença à siroter tout en observant se qui se passait autour de lui, guettant en particulier la porte et les nouveaux venus.

    Théodora était retournée à ses occupations. Elle ne revenait que pour accueillir les clients et leur attribuer une catin selon leurs souhaits.

    Finalement, un homme de Dorne arriva. Reconnaissant son compagnon de voyage, Viserys le laissa entrer puis se leva et posa son verre sur le côté.

    Le Dornien était tout sourire. Quand il venait à Port-Réal, il n'hésitait pas à faire halte, ici. Théodora était venue l'accueillir quand elle remarqua le changement de comportement du noble grossier qui avait voulu qu'elle enlève sa capuche.

    Le Dornien regarda en direction de Viserys et un immense sourire apparut sur son visage.

    - Mais quelle heureuse surprise de vus voir ici, Prince Viserys.

    Ce dernier s'avança vers l'homme, un sourire aux lèvres.

    - Surprise non réciproque cher ami. Étrangement, j'ai tout de suite su où vous trouver.

    Arthur (car c'était son nom) éclata de rire.

    "Vous savez que je suis un bon vivant et que j'aime le vin et la bonne compagnie."

    Théodora suivait l'échange entre les deux hommes. Elle ne savait pas si elle devait repartir vaquer à ses occupations ou non. Prince? Elle avait bien entendu ce mot ? C'était le prince Viserys ?

    - Je ne vous savez pas à Port-Réal, déclara Arthur.

    - Le tournoi s'est terminé bien plus tôt que prévu... par la mort de mon père. Tu dois être au courant, non ? Les cloches de la villes ont sonné hier.

    Qui n'était pas au courant? La nouvelle s'était relayée comme une traînée de poudre à travers Port-Réal, provoquant multiples réactions dans la noblesse et les grandes familles.

    - Bien entendu. Cet événement tragique doit déjà être connu de tout Westeros.

    Théodora nettoyait les vitres. Elle gardait les deux nobles à l'oeil. Elle ne pouvait pas partir à l'autre bout du bordel et laisser ces deux nobles à l'entrer... Elle se faisait discrète. Ils avaient sûrement dû oublier sa présence.

    - Vous êtes venu chercher réconfort auprès des catins? demanda Arhtur sur un ton un peu plus léger pour détendre l'atmosphère en espérant changer l'esprit de son ami .

    Du réconfort après la mort de se père ? Étrangement, sa dernière discussion avec feu Aemon Targaryen, dans la tente devant Vivesaigues lui revint en tête. "Es-tu un dragon, mon fils, ou un vulgaire serpent ?" avait-il alors dit.

    - Bah, mon père a bien vécu. Sa mort nous attriste tous, surtout qu'elle... n'aurait pas dû se passer ainsi, mais je m'en remettrais. Non, en fait c'est plutôt mon frère que ça concerne. Sa couronne toute neuve doit lui monter à la tête, il m'a ouvertement tenu tête devant tout le conseil restreint.Soit. Il est vrai que le roi n'aurait pas dû mourir si tôt et si "bêtement". C'était bien dommage.

    - N'importe qui ayant la couronne aussi soudainement a le pouvoir qui monte à la tête.

    Le pouvoir.... chose que tous recherchaient en ce monde.

    - Quel était votre sujet de désaccord, avec votre frère?

    Théodora avait l'impression d'être une sale petite espionne qui ne devrait se trouver là.

    Les "oisillons" du maître des chuchoteurs étaient peut-être à l'écoute... mais Viserys n'en avait cure. Qu'ils aillent donc tout susurrer à l'oreille de Valerys si ça leur chante, le prince s'en moquait.

    - Il m'a refusé d'assister au conseil, sous réserve que je n'en faisait pas partie. Un détail ridicule, comme tu peux le constater...

    Théodora avait presque honte d'écouter la conversation. Définitivement, les deux nobles avaient oublié sa présence.

    Arthur l'écoutait, il ne disait rien de compromettant pour lui. Il narrait simplement des faits.

    - Et l'idée de t'es jamais venu à l'esprit de faire parti du conseil restreint.

    - Si, bien sûr, marmonna Viserys, mais ça signifie rester pratiquement toute l'année à la capitale. Je suis de retour depuis seulement deux jours, et je ne supporte déjà plus son odeur de bouse fermentée. Je ne veux pas d'un titre qui m'enchaîne ici, seulement d'une chaise au conseil.

    Arthur esquissa un sourire.

    - Port-Réal n'est pas comparable avec nos belles villes de Dorme, j'en conviens. Mais il y a quelques avantages.., dit-il en regardant une des prostituée qui passait par là. Toutefois, rien ne vous empêche de repartir une fois les funérailles terminés, Prince.

    Viserys reprit son verre et bu quelques gorgées sans se presser.

    - Hmm... Rien ? Si, il y a bien un petit quelque chose, et assez imposant qui plus est. Je ne peux quitter longtemps la ville en laissant dernière moi mon dragon. Lorsqu'il sera assez grand pour être monté, ce sera différent, mais Valerys ne m'a pas paru pressé de le laisser sortir de Fossedragon. A ce rythme là, mon Onys risque de mettre du temps avant de dépasser la tailler d'un cheval. Il faudrait qu'il puisse sortir, ouvrir ses ailes en grand, comme le fit Balérion la Terreur Noire !

    Des dragons? ! Théodora avait bien entendu ce terme? Même en ces temps, c'était des créatures rares... en posséder un... Le prince avait un dragon, cela devait être bien impressionnant.

    - C'est adorable, est-ce que tu t'es attaché à ton dragon ou serait-ce sa capacité à t'apporter du pouvoir qui t'attire? le taquina Arthur.

    Viserys prit un air amusé.

    - Quoi ? Qui ne s'est jamais attaché à son petit animal de compagnie ? Plus sérieusement... Il faudrait que tu le vois un jour. Celui de mon frère est plus imposant, mais je reste persuadé qu'ils grandiraient beaucoup plus vite au grand air. C'est bien grâce à ses dragons que Aegon le Conquérant unifia les Sept Couronnes...

    Le prince ne prêtait plus aucune attention à la jeune servante. Il surveillait vaguement les entrées et sorties de clients, mais s'occupait surtout de son interlocuteur.

    Arthur sourit, excité à l'idée de voir un dragon en chair en os. Ce n'était pas tous les jours qu'on avait un tel honneur !

    - Cela reste un animal de compagnie bien particulier et je serais ravie de voir ce roi du ciel.

    Théodora accueillait les clients à chaque fois que l'un d'eux entrait mais elle reportait son attention, aussitôt ensuite, sur la conversation des deux nobles.

    Arthur, si son interlocuteur avait oublié la présence la domestique, ce n'était pas son cas. Il jeta un regard vers cette dernière.

    - A-t-on déjà vu quelqu'un écouter une conversation de façon aussi peu discrète ?

    Viserys haussa les épaules d'un air dédaigneux.

    - J'ai comme l'impression que le personnel de ce bordel aurait fort à faire pour apprendre le respect.

    Théodora se raidit. Elle pensait qu'elle était discrète... et elle ne pensait à mal.

    Arthur hocha la tête.

    - Je suis entièrement d'accord.

    Et puis, c'était quoi cette façon de se couvrir le visage et la tête ?

    Reportant son attention sur le Dornien, Viserys ajouta :

    - À ce propos... Je te parle, je te parle, mais tu n'es sans doute pas venu ici pour rien.

    Arhtur le regarda.

    - C'est vrai. J'étais venu ici pour profiter des beautés de la capitales. Toi! Viens par là!, ordonna-t-il à Théodora.

    Théodora s'approcha quand on l'appela.

    -Vas donc chercher celle à qui j'ai l'habitude de rendre visite.

    En effet, ce n'était pas la première fois que Théodora voyait Arthur. Quand il venait à Port-Réal, il faisait halte ici et voyait toujours la même prostituée.

    Théodora s’exécuta et revint avec la blonde de tout à l'heure.

    - N'est-elle pas jolie, celle-ci ? sourit Arthur.

    - Hum... Une charmante créature, sans aucun doute, mais est-elle douée ?

    Pour la deuxième fois, Viserys parcouru des yeux le corps de la catin. Il n'avait pas oublié le rire de cette dernière quand il avait ordonné à la servante balafrée de se montrer.

    Arthur le regarda, faussement outré :

    - Bien entendu qu'elle l'est. Tu serais surpris de voir à quel point, elle l'est plus que certaines Dorniennes.

    La prostituée savait qu'elle était belle et douée, elle avait de l'assurance, cela se voyait à sa façon de se tenir et elle semblait fière.

    Viserys pinça les lèvres, les yeux toujours rivés sur la femme.

    - D'où viens-tu ? demanda-t-il finalement.

    Théodora n'était pas loin, encore une fois.

    - Je viens du Bief, déclara la prostituée.

    Viserys fronça le nez et tourna la tête vers Arthur.

    - Tu savais ça, toi ?

    Théodora se demandait ce que cela changeait.

    - Non, répondit simplement Arthur. Qu'elle soit originaire du Bief ou d'Essos, cela ne change rien..Si elle faisait de Cette famille, en revanche...

    Arthur était comme Viserys, il n'appréciait pas les Tyrell mais la prostituée n'en était pas une donc bon, qu'est-ce que cela changeait pour lui ? Rien.

    Viserys hocha la tête. Pas faux. Des gens venant du Bief, il y en avait des centaines. Tous ne pouvaient pas être comparés aux crétins chevaleresques qui les dirigeaient, et encore heureux.

    La blonde fronça les sourcils.

    - Vous n'aimez pas les gens du Bief, Prince  ? demanda-t-elle avec une certaine malice dans la voix. Je pourrais peut-être vous prouver que nous ne sommes pas tous aussi désagréables que vous le pensez, ajouta-t-elle avec un ton doucereux.

     Théodora se demandait parfois comment les femmes de cet établissement faisait pour envoûter les hommes par les paroles et leurs actes... Cela la dépassait totalement.

    Viserys fit mine de réfléchir.

    - Mon ami ici présent est venu tout spécialement pour vous, vous n'allez tout de même pas lui faire faux bond...

    Si son air était sérieux, il y avait du sourire dans sa voix.

    La bonde sourit.

    - Je peux très bien m'occuper de deux hommes à la fois, dit-elle d'un air taquin.

    -Sûrement pas! Je préfère avoir deux femmes mais en partager une sous mes yeux, hors de question, intervint Arthur. Vous êtes trop gourmande, parfois, vous, femmes.

    Sous son capuchon, Théodora rougissait d'entendre de paroles aussi... "osées."

    - Je partage ton avis, Arthur, renchéri Viserys. De toute évidence, cette petite insolente n'a jamais couché avec deux princes en même temps, mais ça ne sera pas pour aujourd'hui.

    La blonde fut outrée à l'entente du mot "insolente". Cela se voyait sur son visage.

    - Et bien, son Altesse ne sait pas ce qu'elle perd, dit-elle sur ton colérique.

    Théodora se crispa. La situation semblait mal tourner.

    Viserys la regarda d'un air amusé.

    - Je n'ai jamais dis que je ne voulais pas de toi. Tu t'enflames vite, j'aime bien ça... Mais contrairement à ce que laissent entendre quelques rumeurs mensongères, je sais être patient. Arthur n'en aura pas pour des heures avec toi...

    Arthur le regarda. Viserys venait-il d'insinuer qu'il ne savait pas faire durer l'acte avec les femmes? Son ami lui plantait un couteau dans le dos si c'était le cas.

    La blonde sourit d'un air triomphant. Elle attrapa Arthur par la main et passa près de Viserys, elle murmura assez fort pour qu'il entende :

    - Je suis certaine que vous seriez épuisé avant que je ne le sois.

    Puis, elle partie dans une chambre avec Arthur qui s'était laissée entraîner, ravi.

    Théodora souffla de soulagement, aucune saute d'humeur ou de colère n'avaient pointé le bout de leurs nez.

    Le prince secoua la tête en les regardant s'éloigner dans une chambre, amusé. Puis il retourna à la place où il s'était assise un peu plus tôt et à côté de laquelle restait la carafe de vin rouge.

    Décidément, les pensées masculines étaient un grand mystère pour Théodora. Elle aurait pensé qu'il serait en colère d'être "provoquer".  Elle s'approcha de lui.

    - Vous désirez quelque chose de plus, Prince Viserys ?

    - Hum ? Non, si ce n'est de la tranquillité. Je ne compte pas ressortir d'ici ivre mort, un dragon n'est pas sensé se saouler.

    - Techniquement, vous n'êtes pas un dragon.

    La remarque était sortie aussitôt de la bouche de Théodora avant qu'elle ne réfléchisse. Mais c'était vrai, non ? Un humain n'était pas un dragon.

    Viserys fronça les sourcils. Cette impertinence là, à ses yeux, dépassait de loin les pointes osées de la catin blonde.

    - Je suis le sang du dragon. Et nul ne devrait se permettre de dire le contraire.

    Le sang du dragon? Les Targaryens avaient comme emblème le dragon certes... Mais de là à penser qu'ils avaient du sang de dragon... Un humain ne pouvait pas en avoir, si? Théodora était sûre d'avoir raison mais pouvait-elle vraiment se permettre de continuer de contredire un prince? Elle n'était rien. Il pouvait ordonner qu'elle soit enfermée pour avoir oser le contredire ou même pire...

    - Je ne pensais pas qu'un homme pouvait posséder du sang de dragon, dit-elle en jouant la carte de la prudence.

    Elle ne le contredisait pas mais ne s'excusait pas non plus. Elle montrait juste qu'elle était un peu sceptique d'une façon plus innocente qu'insolente. 

    Le prince grinça des dents. Cette fillette était décidément têtue... et agaçante. On avait arraché des langues pour moins que ça.

    - Le sang de l'antique Valyria coule dans mes veines, le sang d'un peuple qui fut le plus puissant d'entre tous avant que ne s'abatte le fléau. Le sang du dragon.

    Il y tenait à son sang de dragon! Valyria... cette ville était un mythe que tous connaissaient à Westeros... C'était le genre d'histoire qu'on vous apprenez quand vous n'étiez encore que des enfants.

    - Par sang du dragon...Est-ce un vrai dragon ou une métaphore?se risqua à demander Théodora.

    Ce n'était pas pour le défier ou être insolente. C'était de la simple curiosité.

    Viserys soupira. Il se força à garder patience et répondit d'un ton contenu :

    - Il y eut un Targaryen avant moi qui se figurait qu'il s'agissait de la réalité, et qu'il pourrait se transformer en dragon en buvant du feu grégois. Il a tout bonnement explosé dans une gerbe de flammes. Pour ma part, je préfère autant me dire qu'il s'agit d'une métaphore et rester en vie. Si tu vois ce que je veux dire.

    Oh? Une simple métaphore... Les Targaryens n'étaient donc pas modestes de se comparer aux dragons.. Mais après tout, était la famille dirigeante de Westeros, ils pouvaient bien se le permettre. Une autre question vint à l'esprit de Théodora: savait-il lire et écrire? Bien sûr... quelqu'un d'aussi haut placer devait savoir ces choses là...

    Elle hocha la tête.. enfin, cela se voyait sous sa capuche qu'elle bougeait la tête.

    Viserys remplit à nouveau son verre à la bouteille de vin, et promena son regard à l'intérieur de l'établissement.

    - Tu es bien curieuse, déclara-t-il finalement à Theodora. Tu m'as tout l'air de faire parti de ces gens qui n'ont jamais quitté la capitale.

    Il avait vu juste....

    - Vous avez raison, Prince. J'ai passé toute ma vie entre les murs de cet établissement et quelques rues proches.

    Le reste du monde, elle n'en entendait parler que par des clients narrant leurs aventures ou des voyageurs quand elle allait au marché. Port-Réal n'était rien, un grain de poussière, comparé au reste du monde. Viserys, lui, devait avoir beaucoup voyagé.

    Viserys hocha vaguement la tête, comme si la conversation ne le concernait qu'à demi. Ce qui, pour lui, était le cas. Il ne parlait à cette fillette aussi inculte qu'insouciante que dans l'espoir de passer le temps.

    - Hmm... et quels genre de clients avez-vous ici habituellement ?

    Théodora était loin d'être stupide. Elle ne connaissait pas grand chose en dehors de ces murs car on ne lui avait pas appris, elle n'avait pas eu l'occasion. Une pointe de jalousie s'installa en elle. Elle voyait bien que Viserys  ne lui parlait que parce qu'il n'avait rien d'autre à faire.

    - Navrée de vous avoir importuné avec mes questions et mon imbécillité.

    Elle n'avait pas répondu à sa question. Théodora n'était pas sotte. Loin de là. En revanche, le noble devait la prendre pour une gamine écervelée tout juste bonne à nettoyer.

    Viserys tourna vivement la tête en direction de la jeune femme. Si le ton qu'elle avait employé n'avait pas changé, elle avait encore une fois répondu avec une insolence qui l'agaçait.

    Il passa pensivement la main sur le pommeau de son épée. De toute évidence, la gamine balafrée ne se rendait pas compte de ce qu'elle disait...

    Théodora était borgne d'un oeil. Elle avait perdu la vue de son oeil gauche qui s'était dépigmenté. de plus, sa capuche l'empêchait de bien voir. Elle ne remarqua pas le geste du prince posant la main sur le fourreau de son épée.

    - Si vous n'avez besoin de rien, je peux disposer, Altesse.

    - Très bien, répondit-il d'une voix froide. Je ne vous retiens pas plus longtemps.Théodora perçut le ton froid employé par le prince. Cela lui glaça le sang.

    Elle partit pour revenir accueillir un client ivre un moment plus tard, ce dernier avait encore une bouteille à la main.
    - Qu'est-ce qui se cache sous cette cape? Riait-t-il

    Théodora tentait de rester polie avec lui mais c'était assez compliqué. Il n'avait pas d'argent pour se payer les services des femmes d'ici et quand elle lui dit cela, l'homme s'emporta.

    Viserys se leva pour mieux voir de quoi il s'agissait. Un ivrogne se tenait à la porte, parlait fort et chahutait, rompant le calme tranquille de la maison clause. Il commença à incendier la jeune femme de jurons et devant son absence de réponse, il s'énerva encore plus. L'ivrogne s'approcha de Théodora.

    - Tu vas répondre, oui?!"
    Et il l'a gifla sans qu'elle ne s'y attende. Le capuchon de Théodora s'enleva sous le choque. Elle avait la joie rouge et ne pleurait pas bien que ses yeux soient un peu larmoyants.

    - Je viens de vous dire que vous ne pourrez pas obtenir ce que vous désirez, ici, déclara-t-elle de façon assez impassible.

    L'homme la fixa, en rage.

    - C'est qu'elle est monstrueuse cette petite ! Tu fois pas être bien cher, toi !

    Il lui empoigna un bras qu'il sera fort à en faire grimacer la jeune femme qui ne savait plus vraiment comment réagir.

    Viserys soupira intérieurement. Évidemment, en bon prince qui se respecte, il allait intervenir... mais tout de même, si on ne peut même plus rester cinq minutes tranquille, loin des obligations de la cour.

    Il s'avança vers l'ivrogne avant qu'il ne casse quelque chose à la petit, et lança d'une voix forte :

    - Monsieur, je réclame votre attention... Lâchez cette jeune femme et déguerpissez bien vite avant que je ne me fâche. Ce sera mon seul avertissement.L'homme le regarda de haut en bas.

    - J'en ai rien à faire de ton avertissement, le noble ! Je vais me la faire ! Mêle toi donc des tes oignons !

    Théodora était bien pâle. D'une part car elle avait mal et d'autre part car elle avait peur. Elle ne voulait pas que cette homme la touche. Théodora était encore vierge et elle comptait bien le rester jusqu'au mariage même si elle se voyait terminer vieille fille en travaillant ici le restant de ses jours. Car en plus de sa balafre, elle n'avait aucune dot, aussi petite soit elle.

    Viserys posa la main sur la poignée de son épée.

    - Sais-tu à qui tu parles, manant ? Fiche-moi le camps si tu tiens à ta vie.L'homme était tellement ivre qu'il lui rit au nez.

    - Pour quoi ça se prend ?!

    Tout de même pas fou, l'ivrogne plaça Théodora devant lui pour s'en servir de bouclier humain.

    -Vas y le noble ! Dégaine ton épée mais faudra trancher la balafrée.

    Jamais théodora ne s'était autant sentie rabaisser de sa vie.

    Le prince dégaina lentement sa fine et longue épée, et s'avança d'un pas.

    - Il suffit ! Obéi, ou tu réveillera la colère du dragon.

    Viserys avait usé exprès de cette expression, au cas où l'homme, trop imbibé, n'aie pas comprit à qui il avait affaire.L'homme avait bien trop bu et il rit à nouveau au nez de Viserys.

    Théodora, pâle comme un linge voyait son espérance de vie raccourcir à une vitesse impressionnante

    - Très bien, marmonna-t-il. Ma lame commençait à s'ennuyer...

    Il commença à tourner autour de l'ivrogne pour le forcer à pivoter, décrivant des cercles de plus en plus proches... L'ivrogne fit effectivement des tours sur lui même en pivotant, tenant toujours fermement Théodora devant lui qui se prit les pieds dans le bas de sa cape et trébucha, entraînant l'ivrogne dans sa chute.

    Viserys en profita, et sauta vivement en avant. Il attrapa l'ivrogne par le col de son habit avant qu'il n'ait le temps de se relever et lui frappa violement le crâne sur le sol pour le calmer.

    L'ivrogne était assommé et se tenait la tête en jurant.

    - Sale bâtard de noble ! rugit-il.

    Viserys le releva de force, l'épée pointée sur lui.

    - Paaardon ? Tu peux répéter ?

    L'ivrogne le regarda de travers.

    - Tu es sourd, le noble ?

    Théodora s'était relevée et écartée de plusieurs pas. Le prince fixait l'ivrogne, furibond.

    - Je me demande... Dois-je te couper la langue pour m'avoir manqué de respect, ou les doigts pour m'avoir désobéi ? Peut-être les deux, qu'en penses-tu ?

    L'ivrogne pâlit un peu.

    - Vous n'apprécier pas l'humour, Messire ? tenta-t-il de se reprendre.

    - Ton humour est tellement lourd qu'il va finir par te traîner au fond des Sept Enfers. En fait, je te ferais sûrement une grâce en tranchant la langue, ça t'éviterai de dire des bêtises... Je pense que je vais donc opter pour les doigts.

    L'ivrogne ne disait plus rien.

    - S'il vous plaît, pas ici ! intervint Théodora qui n'avait pas envie de voir des doigts se faire couper sous son nez ni de devoir nettoyer un sol plein de sang.

    Viserys n'eut pas un regard pour la jeune servante. Il poussa brutalement l'ivrogne vers l'extérieur du bordel,

    Une fois qu'ils furent au beau milieu de la rue, sous le nez de tout les passants, le prince attrapa les doigts de l'homme et commença à les tordre dans l'autre sens.

    Théodora ne sortit pas du bordel pour les suivre. Elle ne bougea pas. Cependant, elle entendit clairement l'ivrogne hurler de douleur et supplier le prince Viserys d'arrêter.

    Les passants s'étaient arrêtés, intrigués.

    Le prince "obéi" et cessa de lui tordre les doigts. Il les lui tranchant net d'un coup d'épée. Ensuite, il lâcha l'homme et recula de quelques pas dans le quitter des yeux.

    L'homme hurla encore plus. Sur le coup, il ne comprit pas. il lui fallut quelques secondes pour réaliser ce qui venait de se produire. Sa main était en sang. Il était agenouillé sur le sol. Il réclamait de l'aide mais personne ne s'approchait.

    Théodora se boucha les oreilles. Elle trouvait ses cris affreux.

    - À l'avenir, cracha Viserys, ne t'avise plus de tenir tête au dragon.

    Puis il le laissa là, au milieu de la rue, la main ensanglantée, et retourna à l'intérieur de la maison de plaisir.

    L'homme continua de crier dans la rue un moment avant de partir on ne sait où. Il devait probablement chercher un moyen de de panser sa blessure;

    Théodora fixa Viserys. Elle devait le remercier, non? Cependant, elle était comme paralysée, encore sous le choque de la scène violente qu'elle venait de vivre.

    Viserys essuya la pointe de son épée contre des rideaux, puis la rangea dans son fourreau. Il jeta un regard à la servante et retourna s'assoir dans les coussins.

    Théodora fixa les rideaux avec désespoir. Elle allait devoir les laver. Quand elle fut à nouveau capable de bouger, elle s'approcha de Viserys et s'inclina.

    - Merci.

    Un sourire apparu sur les lèvres du prince. Cette petite n'était pas si ingrate que ça. Un peu rustique, peut-être, mais c'est bien normal pour une gamine ayant grandit dans un bordel.

    Elle alla ensuite s'occuper de détacher le rideau. Théodora n'était si hideuse que ça. Quand on regardai son profil droit, on se rendait compte que sans la balafre, elle aurait un très jolie visage. Elle était de petite taille, certes, mais elle avait les traits d'une femme.

    Viserys réfléchissait tout en buvant son vin. Son frère avait ses petits espions, le maître des chuchoteurs ses oisillons... Le savoir était le pouvoir, dans ce nid de vipères qu'était la cour, et le pouvoir la survie en cas de tensions. Certes, le prince était souvent loin de la capitale, mais avoir des pions à lui dans le "jeu du trône" pourrait s'avérer utile.

    Théodora regarda les tâches de sang et parti emmener le rideau à l'abris des regards. Elle en ramena un propre qu'elle accrocha pour remplacer l'ancien qu'elle laverait plus tard.

    - Ey, petite ! appelaient le prince. Oui, toi, avec ta capuche !

    Théodora se tourna vers lui.

    - Oui ?

    Que voulait-il ?

    - Viens par ici. J'ai une offre à te faire qui devrait t'intéresser.

    La jeune femme plissa les yeux. Elle s'approcha sans pour autant se permettre de s'asseoir.

    - Je vous écoute, Prince.

    Pourquoi un prince aurait-il une offre à faire à une pauvre fille comme elle ?

    Théodora fronça les sourcils. Bien sûr qu'il ne serait pas là. C'était une chance qu'il se soit trouver là.

    - Que me proposez-vous?

    Elle avait faillit dire qu'elle n'avait pas qu'une silhouette de femme mais qu'elle en était une mais elle n'en fit pas la remarque. 

    - J'imagine que tu serais intéressée pour gagner plus d'argent, pouvoir quitter cet endroit ? Quand tu étais plus jeune, ça devait encore aller, mais maintenant que tu as une silhouette de femme, des évènements comme celui de tout à l'heure ne tarderons pas à se reproduire. Et je ne serais pas toujours là.

    - Un travail de servante, comme ici, mais au donjon. Travailler pour le roi ou un de ses proches ne doit quand même pas être plus désagréable que dans un bordel !

    Théodora fronça les sourcils. Ce n'était surement pas par pitié ou compassion qu'il lui proposait cela. Il y avait anguille sous roche..

    - C'est une offre que je serais bête de refuser... En revanche, je ne vois pas ce que vous gagnez  à me la proposer? Et puis," j'appartiens" à la propriétaire des lieux. Si je dois partir, il faut également son accord.

    - Aucun problème pour cela, contra Viserys. Je suis le prince, et je pourrais grassement la rétribuer en échange. Elle se trouvera une autre servante, ce n'est pas bien compliqué avec tout ces pouilleux qui courent les rues et qui seraient plus que ravis de trouver un travail fixe.

    Théodora continua de se demander pourquoi elle? C'était bien étrange. C'était une sorte de coup de tête.

    - Je serais honorée de travailler au donjon.

    Il devait y avoir pourtant déjà une multitude de servantes. Une de plus ne changerait probablement rien.

    - Très bien, très bien... J'en parlerais à mon frère, il ne te refusera pas ça... Rendez-vous demain matin devant la porte du donjon.

    Théodora hocha la tête.

    - C'est entendu, prince Viserys.

    Elle continuait à penser qu'il y avait anguille sous roche.

    Le prince se leva.

    - Autant parlez dès maintenant à ta patronne. Tu sais si elle est occupée ?

    Théodora secoua la tête.

    - Non, je crois qu'elle dormait encore.

    - Hm... Va donc la chercher et dis lui que je veux lui parler.

    Théodora se rendit jusque devant la chambre de Jayne et toqua à la porte, attendant qu'on lui permette d'entrer.

    La patronne de l'établissement ouvrit sa porte après quelques secondes.

    - Oui ? C'est pour quoi ? Encore des ennuis avec les clients ?

    Théodora releva sa capuche.

    - Aucunement. Dans le hall, Madame, se trouve le prince Viserys. Il désire vous parler.

    - Ho ? D'accord, j'arrive. Le temps d'enfiler autre chose qu'une robe de chambre.

    Et elle referma la porte.

    Peu de temps après, Jayne se présenta à nouveau, vêtue de frais. Théodora se rendit à nouveau dans le hall en compagnie de la patronne du bordel.

    Viserys s'avança à leur rencontre.

    - Vous vouliez me voir, prince ? demanda Jayne avec une courbette.

    - En effet. C'est à propos de votre servante ici présente.

    Jayne fronça les sourcils et la regarda.

    - Aurait-elle fait quelque chose de travers ?

    - Il ne s'agit pas de ça. Je la prend à mon service, et suis prêt à payer une contrepartie si besoin.

    La femme prit le temps de réfléchir, hésitante.

    - Elle est sérieuse et efficace, elle n'attirait pas d'ennuis. Je peux vous la céder mais elle vaudra au moins un dragon d'or.

    Le prince afficha un sourire malicieux.

    - Je croyais l'esclavage totalement prohibé à Westeros ?

    La patronne eut la bonne grâce de rougir.

    - Je... me suis montrée trop directe dans le choix des thermes, pardonnez moi. Il s'agit de toute évidence d'une compensation et non d'un achat...

    - Ça va, la coupa le prince. Vous aurez votre dragon d'or.

    Théodora n'avait pas l'habitude de la monnaie. Elle ne se rendait pas compte si un dragon d'or était peu ou une grosse somme.

    Elle fut étonnée de voir que Jayne la cédait aussi facilement. Quoique... ce n'était pas si étonnant. Esclavage? La jeune femme ne s'était jamais vraiment senti esclave non plus.

    Viserys sortit là somme en question de la bourse à sa ceinture et la tendit à la femme. Jayne s'en saisit en remerciant bien le prince par politesse.

    - Elle dormira encore ce soir ici, et rejoindra le Donjon Rouge demain matin.

    La patronne acquiesça et l'affaire fut réglée.

    Théodora observait l'échange sans un mot. Elle n'était jamais entrée dans le Donjon Rouge. Elle l'avait déjà vu, bien entendu, mais uniquement de l'extérieur.

    Viserys se tourna vers elle.

    - Et voilà. Tu vois, ça n'a pas posé de problèmes. Maintenant, je compte sur toi pour être là à l'heure demain.

    Théodora hocha la tête.

    - Je serais à l'heure.

    Il regarda une dernière fois autour de lui.

    - Apparemment, j'ai dû me tromper. Ce cher Arthur n'est plus visible depuis un certain moment. Mais qu'importe, il va être temps pour moi de partir, je repasserai peut-être à l'occasion.

    Effectivement, ce cher Arthur était occupé depuis un petit moment déjà.

    Théodora,  elle, ne pensait plus qu'au fait qu'elle allait partir. Domestique au Donjon Rouge était plus gratifiant que le travail qu'elle accomplissait ici.

    Il repasserait à l'occasion ? Pour voir son ami ou pour s'offrir les services d'une des femmes ici présentes ? Cela, Théodora ne voulait pas le savoir

    Viserys poussa la porte et sortit, toujours avec sa démarche élégante et assurée de prince, sans un regard en arrière. Il quitta la rue en prenant apparemment la direction du donjon.

    Théodora retourna à ses occupations. Ce n'était parce qu'elle partait demain qu'elle allait négliger les tâches qu'elle devait faire aujourd'hui.


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