• Chapitre 24 : Attente et désillusion

    Théodora se trouvait devant l'immense Donjon Rouge comme convenu. Elle n'était pas au courant de ce qui s'était passé avec les dragons. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle avait eut très peur en voyant l'immense créature voler, hier, au dessus de la capitale. Elle s'était réfugiée dans sa modeste chambre en espérant que le bâtiment ne brûle pas. 

    Elle portait sa cape habituelle cachant son visage. 

    Les gardes à l'entrée l'observait de loin. Il n'y prêtèrent d'abord pas attention, puis, comme elle restait dans les environs de la porte d'une manière trop insistante à leur goût, l'un d'eux lui lança finalement :

    - Hé, mademoiselle ! Vous voulez quoi à la fin ?!

    Théodora avait un petit baluchon avec ses affaires. Elle se tourna vers le garde.

    - On m'a demandé de venir ici, ce matin.

    - "On" ? C'est pas très précis tout ça. On ne veut pas de pouilleux dans le coin !

    Théodora savait parfaitement que si elle disait que c'était le prince Viserys, ils ne la croiraient pas. Elle ne répondit pas mais elle se fit la réflexion que vue l’haleine de chacal du garde, c'était lui le pouilleux.  

    - Attention damoiselle, on vous tient à l'oeil ! Pas d'entourloupe, comprit ?

    Théodora ne bougea pas.

    - Oui.

    Elle se demandait combien de temps elle devrait attendre... Peut-être ne viendrait-il pas? Que ferait-elle? Elle était partie de chez Jayne... Elle ne pouvait pas y retourner... 

    Le garde n'ajouta rien. Son compagnon était resté à sa place pendant tout l'échange et ne dit rien non plus, imperturbable. Et elle attendit là. Elle patientait. Encore. Et encore. Et encore.

    Elle commençait à comprendre que le prince ne viendrait pas. Jayne avait déjà dû lui trouver une remplaçante. Mendier dans les rues de Port-Réal ? Les gens étaient déjà assez pauvres. Ils ne lui donneraient rien.

    Le premier garde, celui qui avait déjà interpellé la jeune fille, fini par arriver à bout de patience.

    - Tu veux quoi à la fin ? Oui, toi, là, qui n'arrête pas de tourner autour des portes depuis tout à l'heure !

    Théodora se tourna vers le garde qui ne pouvait pas voir son visage sous sa capuche.

    - Je.. Le prince Viserys m'a demandé de venir ici, ce matin. Il m'a échangé contre un dragon d'or à mon ancien employeur, Jayne.

    Elle n'avait aucune raison de sortir une telle histoire... Elle disait la vérité car elle ne voulait pas que les gardes la chassent si elle continuait de se taire. 

    Les deux gardes se regardèrent et éclatèrent de rire.

    - T'es marrante ! s’esclaffa le premier. Mais ça ne suffira pas pour te sortir d'affaire, on veut un vrai motif.

    Théodora fut désorientée. Comment leur dire que c'était la vérité et qu'ils la croient?

    - Pourquoi irais-je inventer une excuse aussi délirante? Je ne vous mens pas.

    Le premier garde riait toujours sous cape, mais le second, plus réservé, lui répondit :

    - Si c'est vraiment lui que tu attends, tu peux l'attendre longtemps : il a été blessé hier dans un combat face à un dragon, et les rumeurs les plus aimables disent qu'il n'est pas en état de remarcher avant plusieurs jours au moins.

    Théodora écarquilla les yeux mais les deux gardes ne pouvaient le voir.

    - Le dragon qui a ravagé la ville? Il a combattu un dragon?

    Comment pouvait-on combattre comme cette machine à cracher des flammes? Mais si le prince était bien blessé et qu'il ne venait pas... alors... qu'adviendrait-il d'elle? S'il ne venait pas, il oublierait très certainement qu'il l'avait fait venir ici. C'était une évidence. Il penserait à se rétablir, d'abord, et ensuite, il aurait des préoccupations plus importante que de ce rappeler du sort de Théodora. 

    - Oui. Il est partit avec une troupe d'hommes vaillant, suivant son propre dragon, et il a affronté le monstre fou. Je ne saurais dire ce qui est rumeur ou réalité de ce que j'ai entendu, mais tout se recoupe sur un point : le dragon a été enfermé à Fossedragon, de nombreux hommes sont mort ou blessés pour cela, y comprit le prince. Le reste est un peu flou...

    Théodora ne dit rien de plus.  Elle était trop étonnée pour parler et trop perdue aussi. Elle n'était au courant de rien... Enfin, pourquoi serait-elle au courant ?

    Le premier garde avait cessé de rire, mais il gardait un sourire moqueur. L'autre, bien embêté, se demandait que faire.

    - Tu penses qu'on devrait en parler à quelqu'un d'autre ? proposa-t-il.

    - Boaf ! Elle bluf, c'est évident.

    - Et si c'était vrai ?

    - Personne ne le saura.

    - Elle, si.

    Il désigna Théodora du menton.

    - Et je ne veux pas d'ennuis. Va donc prévenir quelqu'un n'importe qui.

    - Et pourquoi moi ?

    - Parce que... Parce que tu parles trop, voilà.

    - Pff... t'as de ces arguments toi. Enfin bon, si tu veux. Mais ne va pas te plaindre si tu te fais assommer par derrière et qu'il y a une intrusion au donjon après ça.

    Et le premier garde s'éloigna dans l'enceinte du Donjon Rouge. Théodora eut à nouveau espoir de ne pas finir à dormir dans les rues de Port-Réal.

    - Je ne vous mens pas.

    Ce n'était que sa parole mais l'un des gardes semblaient croire qu'elle pouvait dire la vérité. Cela la rassura de ne pas être chasser... Elle devrait encore attendre pour savoir comment se terminerait son sort. 

    Le garde revint à la porte avec un capitaine pourtant des vêtements de cavalerie.

    - C'est elle.

    - A oui ? Donc, jeune fille, vous prétendez avoir été demandée par le prince ? Le prince Viserys ?

    - Oui, c'est exact, répondit Théodora.

    Elle n'aimait pas qu'on remette à nouveau sa parole en question, mais que pouvait-elle dire de plus ?

    - Et aurait-on la possibilité de savoir à qui on s'adresse ?

    Le capitaine était apparemment peu patient, et il avait d'autres affaires à régler dans sa matinée. Il voulait mettre cette affaire au clair au plus tôt.

    - Je me nomme Théodora. Je... travaillais chez Jayne en tant que domestique. Le prince est venu, hier. Il m'a demandé de venir ici, ce matin.

    Elle enleva sa cape pour dévoiler son visage, en partie. 

    Le premier garde pouffa. Son compagnon lui donna un coup de coude pour le rappeler à l'ordre.

    - Mh... fit le capitaine. On aura dû mal à connaître la vérité : le prince est blessé et je ne l'ai plus vu depuis hier. Dans le doute, on va vous faire rentrer, mais on vous garde à l'oeil : votre histoire est bien bancale.

    Théodora dévoila son visage en entier.

    - J'étais domestique là-bas. Je servais les ordre de ma patronne.

    Elle fixa le premier garde, celui qui avait pouffé.

    - Vous... Vous êtes venu il y  a  trois semaines. Vous venez assez souvent et vous demandez toujours la même prostituée: Anthéa. Vous ne venez pas souvent. Je ne le saurais pas, si je n'étais pas là-bas.

    Ne sachant pas lire ni écrire, elle retenait les noms pour que Jayne puisse les noter dans les registres et elle avait aussi apprit la faculté de retenir facilement les visages. 

    Le garde ouvrit des yeux étonnés sous le regard moqueur de son ami.

    - Je... c'est exact.

    - Elle est au moins franche sur ce plan là, on doit pouvoir la faire rentrer.

    Théodora les fixa tour à tour avant de remettre le capuchon de sa cape.

    - Je... Je vais pouvoir entrer ?

    - Oui, mais on vous tiens à l'oeil. Et dès que possible on s'assurera que votre présence ici est désirée. En attendant, vous pouvez nous dire pourquoi le prince vous voulait au donjon ?

    Théodora ne le savait même pas elle-même.

    - Et bien... c'est un motif qu'il n'a pas précisé... être servante ici , je suppose.

    - Mouais... Vous servirez aux cuisines en attendant. Vous savez nettoyer, hein ?

    Théodora savait cuisiner mais elle nettoyait mieux.

    - Oui, tout à fait. 

    - Je vais vous trouver une place. Ils ont toujours besoin de laver quelque chose là-bas, et il y aura toujours quelqu'un pour t'avoir à l'oeil.

    Théodora n'y voyait aucun inconvénient. 

    - Comme bon vous plaira. 

    - Suivez-moi, ordonna le capitaine. Et ne traînons pas, j'ai d'autres choses à faire.

    Théodora suivit le capitaine sans un mot. Elle se demandait comment on pouvait revenir vivant d'un combat contre un dragon. Elle avait vu Aragon cracher ses flammes sur la ville.. Comment pouvait-on envisager de se battre contre une telle créature ? 

    Elle pénétra enfin dans les cuisines avec le capitaine, le suivant sans un mot.

    - Voilà. Tu vois, ce n'est pas le travail qui manque ici.
    Il s'avança pour parler à un homme qui ressemblait à une sorte de cuisinier en chef et lui désigna Théodora. L'homme hocha la tête et se tourna vers elle.

    - Alors comme ça t'es ici pour nous aider ? Très bien, on n'va pas cracher sur un coup de main pour tenir la cuisine en état.

    Théodora le regarda.

    - Je ferais tout ce qu'il faut pour aider.

    - Bon, puisque tout va bien je retourne à mes affaires, déclara le capitaine.
    Et sur ce, il quitta en effet les cuisines.

    Le cuisinier le suivit du regard puis reporta son attention sur Théodora.

    - Tu es prête à commencer ?

    Théodora avait sa longue cape dissimulant son visage.

    - Oui, monsieur.

    Elle se demandait si elle était capable de cuisiner pour le Donjon Rouge...

    - Il y a la vaisselle de la veille à faire. Tu trouveras tout ce qu'il faut là-bas.

    Et il désigna des bacs plus loin, remplis d'eau et à côté desquels s'empilaient assiettes et marmites sales. Théodora ne dit rien et se dépêcha de se rendre vers la vaisselles. Elle voulait montrer qu'elle était motivée et pleine de bonnes intentions. Elle travailla donc avec énergie, jusqu'à avoir terminé. Le cuisinier ne faisait plus attention à elle, mais une femme des fourneaux lui lança :

    - Beau boulot ! Tu as fini ? Il faudrait aussi apporter les cagettes de légumes apportées par le marchand ce matin ! Tu les trouveras non loin de l'entrée !

    Théodora la fixa. Elle se disait que ce n'était pas poli de garder son capuchon. Elle l'enleva, dévoilant son visage.

    - Tout de suite.

    La femme eut un mouvement de surprise devant le visage déformé de la jeune femme. Elle ne fit aucun commentaire par politesse, mais échangea un regard écœuré avec sa voisine de travail.

    Théodora remarqua bien le regard dégoûté. Elle se força à sourire. Elle était habituée à ce genre de regards mais jamais elle ne s'y faisait. Et quand ce n'était pas de dégoût, c'est de la pitié ou du mépris qu'elle voyait dans le regard des gens. Elle partit des cuisines avec la cagette.

    Elle continua ainsi toute la journée, alternant les diverses tâches ménagères. Elle entendait bien quelques railleries, ragots et jacasseries sur sa présence... et surtout sa cicatrice. Mais elle faisait de son mieux pour les ignorer.

    Les femmes bavardaient entre elles comme des pies :

    - Il parait que c'est un dragon qui a fait ça cicatrice...

    - Mais non voyons, elle sort d'un bordel, c'est le garde qui me l'a dit !

    - Tu parles aux gardes toi ?

    - Bah oui, pas toi ?

    - En tout cas, elle est nouvelle dans le service.

    - Oui, je pari qu'elle veut gagner de l'argent pour quitter la capitale !

    - Mais non, elle veut juste quitter les caniveaux la pauvre petite...

    - Vous vous trompez toutes ! Elle est là sous l'ordre du prince...

    - D'où tu tiens ça toi ?

    - Je l'ai entendu dire.

    - Ah oui ?

    - Et si c'était sa concubine ?

    - C'est ridicule, le prince rentre juste de son voyage et il est blessé.

    - Si sa se trouve, c'est Gertrude qui a mal comprit, et ça parlait d'un prince de Dorne.

    - Hoooo ! C'est une espionne ?

    - Sans doute. Elle est envoyée au donjon pour espionner le roi, c'est moi qui vous le dis...


    Et blablab, et blablabla...

    Théodora était sidérée par tout ce qu'elle entendait sur elle. Sa cicatrice par un dragon? Quelle bonne blague... Elle était offusquée qu'on la prenne pour une catin mais elle venait bien de ces quartiers là.... Elle ne pouvait le nier, mais tout de même ! Espionne ? Elle ne savait même pas pourquoi le prince l'avait fait venir là... Par pitié, s'il en avait, sans doute... 

    Il était blessé, elle se demandait comment il allait... Sans lui , elle serait encore chez Jayne. 

    Mais les pipelettes ne s'arrêtaient pas à si bon compte :

    - Pourquoi aller aux cuisines dans ce cas ?

    - Elle pense peut-être pouvoir apprendre des choses de nous... Mais motus et bouches cousues, hein ? C'est notre devise ! On ne laissera passer aucune information capitale...

    - Ouais ! Mais et si c'était simplement une gamine des rues ?

    - Elle viendrais de Culpucier ? Ça expliquerait sa cicatrice...

    - ... Ou pas ! Qui sait ?

    Les cuisinières continuèrent à parler un bon moment tout en travaillant. La discussion se déporta peu à peu sur les chevalier arrivés il y a peu au donjon, jasant sur tel ou tel détail de leur vie privée ou vantant les éloge de tel ou tel jeune guerrier au cœur pur...

    Pendant ce temps, le chef cuisinier fit l'honneur à Théodora de lui accorder quelques secondes de son temps... pour lui ordonner de s'occuper de la vaisselle.

    Elle n'émit aucune protestation. Elle lava la vaisselle. Elle écoutait les servantes se mettre à parler de guerriers "au cœur pur"... Tu parles de cœurs purs! Chez Jayne, Théodora en avait vu venir... et ils étaient tout sauf purs et sympathiques. Ils se donnaient cette image pour impressionner les jolies demoiselles et avoir une bonne réputation à la cours. 

    En réalité, Théodora avait très peu d'estime pour les personnes du sexe masculin... Et plus largement, même les femmes, elle les trouvait mesquines.

    Une fois terminés, les plats étaient emportés par une nuée de serviteurs venu des tour du donjon. Si certains venaient pour récupérer les plats à servir à la table de tel ou tel noble, d'autres venaient avec des réclamations.

    Théodora trouvait ce palais terriblement mouvementé. Sans cesse des gens allaient et venaient. C'était assez impressionnant. Toutefois, elle se demandait encore et toujours ce qu'elle faisait là... 

    Le capitaine avait dit qu'elle serait surveillée. Mais jusqu'à quand? Est-ce que quand le prince serait de nouveau en pleine forme, on lui demanderait de confirmer qu'elle n'était pas une profiteuse et une menteuse? 


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