• Chapitre 26 : Eveil

    Viserys passa toute la nuit dans un état comateux. C'est seulement au matin, lorsque le soleil fut suffisamment haut pour illuminer tout le Donjon Rouge, qu'il commença à émerger.

    Il cligna des yeux pour s’habituer à la lumière ambiante, puis il voulu se redresser pour se lever. La douleur explosa dans tout son flanc et il se recoucha dans un gémissement. Cette fois, il se rappelait. La bataille, les dragons, les flammes... Il n'était donc pas mort ? Les morts n'avait pas mal. Et les mort ne se réveillaient pas dans leur chambre en règle générale. Ce qui signifiait qu'il devait être en vie, et donc que Aragon avait soit été vaincu soit avait fuit pour les laisser en paix.

    Il entendit des bruits de pas et une servante entre deux ages accourus de la pièce d’à-côté.

    - Messire ? Heu... Prince ? Vous êtes réveillé ?

    Maintenant, il sentait l'irritation du tissus de ses draps sur ses jambes comme autant de petites aiguilles dans sa peau à vif. Donc oui, il supposait qu'il devait être bien réveillé. Mais il avait l'impression que parler demanderait tout les efforts du monde... Le comble pour lui, qui avait d'ordinaire la langue si bien pendue !

    Il plongea son regard violet dans les yeux de la servante, et elle bafouilla :

    - Je... je vais chercher le mestre immédiatement. Il... c'était ses ordres. Je revient tout de suite.

    Et elle sortit de la pièce en précipitation, comme si elle avait l'Etranger aux trousses. Et voici le prince de nouveau seul... Il se serait bien endormit, mais elle avait dit qu'elle allait chercher le mestre, et il était trop impatient d'en savoir plus. Il resta donc somnolant, les yeux fixé au plafond.

    De longues minutes plus tard, le Grand Mestre Raehnys arriva. Viserys somnolait toujours, entre éveil et sommeil, mais le bruit de la porte qui s'ouvrait le ramena à la réalité.

    - Prince, on m'a rapporté que vous étiez éveillé.

    Viserys marmonna quelques mots :

    - De... l'eau...

    Il n'avait pas bu depuis la veille, et sa bouche était pâteuse, avec le désagréable goût métallique du sang qui le poursuivait depuis qu'il s'était réveillé.

    Le mestre réagit immédiatement et prit une carafe qui traînait sur la table. Il laissa couler un mince filet d'eau dans la bouche du prince. Ce dernier s'en sentit déjà mieux, ou du moins se sentait plus à même de parler.

    - Que... j'ai droit à un bref résumé de ce qui s'est passé ?

    - Bien sûr. Les renforts de cavalerie sont venu vous aider pour abattre le dragon, il a été acheminé vers Fossedragon, et tout les blessés ont été amenés ici pour être soignés.

    - Mmm... Et mon état ?

    Viserys s'était rendu compte qu'il pouvait bouger la tête sans réveiller la douleur, à condition de ne pas faire de mouvement brusque. Mais tout autre geste le faisait souffrir, et ses jambes semblaient toujours à vif.

    - Repos obligatoire jusqu'à rétablissement complet. Je ne sais pas ce que vous a fait le dragon, mais vous avez plusieurs os cassés. Mais ce qui m'inquiète la plus, ce sont vos jambes.
    Une angoisse soudaine prit le prince à la gorge. Il savait que certaines personnes pouvaient devenir immobilisées à vie à cause d'accidents de ce genre. Lors d'un tournoi par exemple, un chevalier dont la jambe reste coincé sous son cheval peut resté paralysé à vie... Viserys avait déjà assisté à cela. Et en avait été la cause d'ailleurs. Si à l'époque ça ne lui avait fait ni chaud ni froid, l'idée que la même catastrophe lui arrive ne le mettait pas en joie. Plus d'équitation, plus de combat... plus d'autonomie en général. Malgré la douleur, il tenta de faire bouger ses jambes. Jamais il n'aurait pensé ressentir un pareil soulagement en voyant bouger ses orteils.

    Le mestre remarqua l'attitude de Viserys.

    - Non, le rassura-t-il. Il s'agit plutôt de brûlures, votre vie n'est pas en danger.

    Le prince réfléchit quelques instants.

    - Mm... Ce dragon le paiera. Il a complètement détruit de magnifiques vêtement en soie des Iles d’Été, et cousus sur mesure.

    Raehnys parut décontenancé. Il avait oublié ce que ça faisait de discuter avec le prince Viserys.

    - Vous... Si vous avez trop mal, j'ai du lait de pavot à votre disposition. Il n'y a nulle honte à en prendre, vous le savez.

    Le prince fit la moue.

    - Du lait de pavot ? Je devine que mon cher frère voudra me voir une fois ses affaires terminées, et je préfère avoir l'esprit clair pour l'affronter.

    - Votre frère ne... Il sera très compréhensif, j'en suis sûr.

    - Là n'est pas la question. Bref, en attendant je n'ai nulle occupation, et même déplacer des pièces pour une partie de civose me paraît inenvisageable. Je suppose donc que je vais passer les prochains jours à dormir et me morfondre.

    Le Mestre faillit répondre "comme vous voudrez", mais il se retint à temps. Avec un soupir :

    - Puisque vous ne voulez pas de ma médecine, seul le temps pourra vous aider. J'ai fait hier tout ce dont vous aviez besoin, et à part changer quotidiennement les cataplasme contre les brûlures je ne vois plus de raison de ma présence ici. Je vais prévenir votre frère que vous êtes éveillé, je le lui ait promit.

    - Allez-y donc, c'est toujours de la compagnie en plus.

    Sans rien ajouter, le Grand Mestre sortit de la pièce et se mit en devoir de chercher le roi.

    Valerys arriva en marchant d'un pas cadencé et rapide . Il eut du mal à attendre qu'un soldat entre, lui ouvre la porte . Puis il entra, et s'approcha du lit de son frère, s'asseyant à son côté, et le couvant d'un regard sombre mais sans méchanceté, ni beaucoup d’expressions.

    Viserys somnolait lorsque son frère fit son entrée dans sa chambre. Il tourna la tête vers Valerys, un sourire un peu crispé aux lèvres.

    - Cher frère... que me vaut l'honneur de cette visite ?

    Il n'a pas changé . Tout au fond de lui, il en étais heureux . Avoir un frère apathique, quand il le conaissait vif et ardent, lui aurais fait de la peine, même s'il ne l'aurait jamais avoué .

    - Je venais prendre de tes nouvelles ... 

    Soudain, l'énervement pris légèrement le dessus . 

    - Mais enfin, qu'elle mouche t'a piqué ? Tu aurais pu mourir contre ce dragon ... tuer le tiens par la même occasion !

    Viserys fit la moue. Il avait prévu cette question, et avait réfléchit par avance à la réponse qu'il donnerais.

    - Et qu'aurais-je dû faire d'après toi ? Laisser le dragon de notre père détruire les campagnes alentours ? Si je n'avais pas agis, le peuple aurait très bien pu le prendre pour une action délibérée de la part de notre famille. Comme tu es tout juste couronné, personne dans le peuple ne sait encore qui tu es vraiment.

    - Et me priver d'un soutiens, d'un frère, et d'une partie de mon armée, ce n'est pas me nuire, peut-être ? Tu a pensé à Daenerys, la peine que tu lui aurais faîte ? Non bien sur ! Pourquoi faut-il toujours que tu fasse tout tout seul ?Pourquoi ne pas m'avoir prévenu ? Je suis ton roi, et tu n'avais pas la permission de partir contre un dragon trois fois plus gros que le tiens, pour sauver quelques misérables caravelles, gronda Valerys, furieux . 

    - Et ne me dit pas que tu n'a pas agit sur un coup de tête, je ne te croirais certainement pas, rajouta t-il plus calmement.

    - Pour te prévenir, j'aurais dû d'abord te chercher à travers tout le Donjon Rouge, et le dragon aurait eut le temps de faire trois fois l'aller-retour jusqu'à Darry.

    Viserys ne pouvait pas contredire son frère sur sa dernière phrase, mais il se garda bien de faire le moindre commentaire à ce propos. A la place, il détourna légèrement la conversation :

    - C'était le dragon de notre père, ça ne fait aucun doute. Comment expliquer son comportement ? Est-il possible qu'il soit lié à la mort d'Aemon ?

    Le roi fronça les sourcils, et ses doigts ce serrèrent légèrement, en comprenant que son frère ne voulais pas lui répondre. Il laissa cependant passer, et eut un sourire légèrement moqueur.

    - Si tu lisait un peu plus souvent, tu aurais peut-être une hypothèse...

    Il ce racla la gorge, pour continuer .

    - Un dragon et un homme ne sont pas fait pour s’entendre, d'après de grands savant . Il s'avère que s'est faux : Les dragons ont la force, les hommes l'intelligence . Nous nous complétion, et notre famille à exploité ce don . Il est arrivé parfois, dans l'histoire de la famille qu'un dragon devienne fou à la mort de son maître . Je pense que s'est ce qui est arrivé au dragon de feu notre père. 

    Et si tu lisais un peu moins souvent, peut-être que le peuple t'accepterait plus facilement comme roi.

    Cette réplique lui brûlait les lèvres, mais Viserys ne la sortit pas. Il écouta patiemment le petit exposé de son frère et répondit ensuite comme il se devait :

    - C'est possible. En tout cas, pas moyen de le ramener à la raison, et j'aurais pourtant essayé. Où est-il désormais ? Si je suis là, je suppose qu'il a été vaincu.

    - Partit, répondit le roi. Vers l'est. Et n'espère pas te lancer à sa recherche pendant que j'ai le dos tourné. Tu en a pour quelques mois de rétablissement... et je vais devoir l'expliquer à mon cher conseil tout à l'heure. 

    Encore une fois, il s'épargna de relever les sous-entendus de son frère.

    - Et Onys ? Il se porte bien ?

    La dernière vision que Viserys avait eut de son dragon, c'était une lutte contre un géant durant laquelle il paraissait tout sauf avantagé.

    - Il n'est pas mort en tout cas.. mais il ce rétablira plus vite que toi, c'est sur . Il a eut de la chance de ne pas avoir de grosses blessures . Vous avez tout deux eut beaucoup de chances. Et j'en suis heureux, ajouta t-il après une pause.

    Il se leva pour prendre congé. 

    - Maintenant, il faut te reposer.

    - Je ne risque pas d'aller bien loin ne t'en fais pas, répondit le prince, pince-sans-rire.

    Puis une autre pensée lui traversa l'esprit.

    - Un instant ! Lors Conrad Greydjoy, le Maître des Navires... Il était avec moi. Est-il bien rentré ?

    Le roi ce retourna et hocha la tête .

    - Il étais beaucoup moins touché que toi ... et heureusement d'ailleurs, car grâce à lui tu es rentré rapidement au château, dit-il en repensant au seigneur. 

    Et je le remercierais.

    - Beaucoup moins touché ?

    Viserys prit un air intéressé.

     

    - Il peut donc se déplacer ?

    Le roi réfléchit à l'état de son loyal sujet.

    - Oui, mais pas forcément de longues distances ... 

    Il fronça les sourcils . 

    -Tu me parais bien éveillé d'un coup ! Que mijotes-tu encore ? 

    - Allons, mon cher frère... inutile de voir dans le moindre de mes propos un sous-entendu politique. Non, je songeais juste que le temps risquait d'être long, seul dans cette pièce, et qu'il en serait de même pour lui. J'ai ici de quoi occuper l'esprit sans... trop avoir à bouger.

    Il grimaça sur ses dernière paroles, car il avait tenté de se tourner un peu plus vers le roi, mais la douleur qui s'était calmée était revenue immédiatement.

    Valerys cacha sa pitié dans un rabaissement de tête . Son frère n'aimait pas la pitié à son égard, il le savait bien. Quand il la releva, ses yeux violets étaient neutres.

    - Je peux te faire apporter des livres si tu veux ! dit-il, mi ironique mi sérieux, car il savais que tous dans sa famille c'étaient toujours un peu moqués de son gout pour la lecture.

    Viserys leva les yeux au plafond.

    - L'inverse m'eut étonné. Et même inquiété. Mais tu n'as pas tords, quelques ouvrages ne seraient pas de trop pour passer le temps.

    Valerys jeta un œil circulaire dans sa chambre .

    - Je t'enverrais tout cela ... tu as un genre en particulier ? demanda t-il, pressé, car il n'aurais plus beaucoup de temps pour aller à son grand conseil ensuite.

    - Je ne ferais pas mon difficile, mais évite au moins "l'Etoile à Sept branches" ou autres lectures dans ce genre. Sinon ma condition risque de vite devenir infernale.

    Il ébaucha un sourire moqueur.

    Valerys leva les yeux au ciel .

    - Je vais t'envoyer des livres sur les dragons, ça te mettra peut-être un peu de raison dans le crâne !  répondit-il avec le même sourire. Et d'autres intéressant, ne t'inquiète pas, je ne suis pas un monstre !

    Il ce leva, et laissa son garde ouvrir la porte. Puis il sortit de la pièce, laissant là son frère en pleine méditation.

    Au même moment, un jeune garçon en vêtements d'écuyer arrivait en courant dans les escaliers du donjon. Il faillit foncer dans le garde du roi, mais s'arrêta juste à temps devant la taille du chevalier.

    - J... heu... Mille excuses messire.

    Valerys fronça les sourcils, un éclat surpris naquit dans ses prunelles violette . Les gardes, remis de leur surprise, avaient tous une mine rébarbative, les lances pointés en avant .

    Le roi fit un signe, et tous relevèrent la lance .

    - Qui est -tu petit ? Tu sait que si je n'était pas intervenu, mes gardes t'auraient exécutés céans ?

    Ils l'auraient plus tôt jetés sans cérémonie en prison, en fait.

    - Je... je suis le nouvel écuyer de Lord Conrad, messire. Et je venais m'enquérir pour lui de l'état du prince. Je... je ne pensais pas que vous étiez là...

    Le jeune garçon cherchait désespérément les mots appropriés pour s'adresser au roi, aussi effrayé par les imposants chevaliers que surprit de croiser le roi de façon si soudaine et inattendue.

    Valerys hocha la tête .

    - Bien entendu ...  Alors acquitte toi de ton travail petit, dit-il en faisant signe à ses gardes de s'écarter.

    Il fixa un petit moment le jeune garçon avec un sourire amusé, voyant son embarras, puis repartit.

    Le garçon resta hésitant encore quelques instant après que le roi eut quitté la pièce, puis le prince Viserys l'appela :

    - Ainsi Lord Conrad a un écuyer désormais ? Il fait drôlement bien, rester seul de longues heures avec pour toute compagnie son édredon n'est pas aussi agréable que cela pourrait paraître.

    - Heu... Si vous le dites, messire.

    Le jeune garçon prit en note le fait que le prince était éveillé. Mais comme il ne voulait pas faire plusieurs fois de suite l'aller-retour dans les multiples escaliers du Donjon Rouge, il décida de déballer le plus de questions possibles tant qu'il en avait l'occasion, de façon à pouvoir en rapporter le plus possible à son nouveau maître.

    - Lord Conrad m'envoie vous demander comment vous-vous portez.

    - Si on écarte le fait que j'ai frôlé la mort et que je dois avoir les côtes en miettes ? Je me porte on ne peux mieux. Ou du moins si je ne deviens pas fous dans les prochains jour à rester enfermé seul dans cette pièce.

    Le jeune garçon renonça à chercher si il s'agissait ou non d'ironie.

    - Je crois que messire Conrad aimerait bien vous parler, mais je ne sais pas à quel sujet.

    - Et moi de même. Je ne demanderais rien de mieux que d'échanger quelques mots avec lui, mais vois-tu je suis assez peu disposé à me déplacer.

    - Je... lui en ferais part.

    Maintenant, le garçon n'avait plus qu'une envie : partir vite fait et rapporter ce qu'il savait à son maître, mais il devait encore se souvenir des formules de politesses pour prendre congé d'un prince. Comme rien ne venait, il improvisa une sorte de révérence sous le regard goguenard de Viserys.


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