• Chapitre 8 : Serpent ou dragon ?

    Le prince Viserys était dans sa tente, laissant comme la veille des serviteurs lui enlevr son armure tandis qu'il se servait une coupe de vin. Soudain, le roi fit irruption dans la tente.

    - Ha, père ! Vous avez dû être content aujourd'hui : je n'ai pas blessé le cheval de mon adversaire, et j'ai porté plus d'un coup !

    Aemon soupira.

    - Ce n'était pas un duel des plus chevaleresques, mais je suppose qu'on ne peut pas trop t'en demander. Non, ce n'était pas pour cela que je suis venu te voir. Quoique... si, en quelque sorte. J'ai besoin que tu me prêtes ton armure.

    Viserys se releva d'un bond, manquant de renverser un serviteur au passage.

    - Pardon ? Mais pourquoi faire ?

    Il n'était pas particulièrement attaché à son armure de tournois, puisqu'il ne la portait quasiment jamais, lui préférant habituellement de simple plaques de cuir noir ouvragé, mais cette requête lui paraissait étrange. Et pour cause...

    - Je vais participer. Je vais chevaucher contre un autre cavalier, et montrer à la foulle comment se bat un dragon.

    Viserys resta quelques secondes sans rien dire. Puis il se reprit.

    - Mais, père... vous êtes beaucoup trop vieux !

    - J'ai de l'expérience, c'est différent. Tu verras que je suis encore capable de gagner une joute...

    Sous le regard navré de son fils, le roi prit donc l'armure au dragon. Elle était un peut trop grande pour lui, mais comme elle était assez légère, les serviteurs se débrouillèrent pour l'attacher de façon à ce qu'elle paraisse presque à sa taille. Le heaume, quand à lui, ne posa aucun problème, et le roi afficha un air satisfait.

    - Cela faisait trop longtemps que je n'avais pas porté de lance... ho, et ne fais pas cette tête, Viserys ! Il ne peux rien m'arriver !

     

    ***

     

    Sansa et Ellyn s’apprêtaient à quitter les lices pour retourner à leurs tente, lorsque soudain, à la fin d'une joute, le héraut annonça :

    - Petit changement dans le programme ! A ma droite : Ser Renly Cendregué, et à la gauche : Aemon Targaryen !

    Un silence de quelques secondes plana sur le publique, avant un tonnerre d'ovations : voilà qui allait faire du spectacle !

    Le prince avait rejoint l'estrade et s'était assit aux côté du seigneur de Vivesaigues, comme son père auparavant. Il portait une coupe de vin dornien, sombre et épais, comme du sang. Il échangea quelques mots avec le seigneur, et ce dernier prit une mine craintive. Apparemment, l'idée ne le réjouissait pas non plus.

    Les deux cavaliers parurent donc. Ser Renly Cendregué était un homme d'un age avancé, petit en taille, mais toujours vif et habile en selle. Le roi portait fièrement l'armure de son fils, qui le faisait paraître légèrement plus grand que d'habitude. Après s'être salués, les adversaires partirent  chacun d'un côté des lices et se préparèrent au tournoi.

    Ellyn insista pour rester, mais Sansa, quand à elle, préférait dormir à demi sur son siège que de regarder le tournoi.

    Ellyn regardait de temps en temps son amie, qui s'était endormie sur place. La pauvre ! C'est vrais qu'il y avait de quoi la plaindre ! Enfin... elle retournerons toutes les deux à la tente après cette joute, Ellyn ne voulait pas la rater.

    Les trompettes sonnèrent, et les deux cavaliers s'élancèrent au galop. Le choc fut violent, dès le premier coup : la lance du roi frappa de plain fouet le bouclier aux couleurs de Cendregué, tandis que celle du Renly dérapa sur le haut de celui au dragon. Seulement, dans son élan, elle poursuivit sa route et frappa dans le heaume du roi, éclatant sous le choc. Aemon ne pu rester en selle après une telle violence et vida les étriers. Ser Renly Cendregué se prépara à tirer son épée au cas où il voudrait poursuivre la lutte, mais, voyant qu'il avait des difficultés à se relever, descendit de cheval pour lui prêter main forte.

    Comme apparemment le roi chancelait, et n'arrivait pas à tenir debout tout seul, quelques mestres entrèrent dans les lices pour l'aider à retirer son heaume et se remettre de ses émotions.

    - Par les Sept... souffla l'un d'eux lorsque le casque cabossé fut retiré.

    Les mestres firent assoir le roi, voulurent lui faire boire quelque chose... en tout cas, ils faisaient écran, et Ellyn ne pouvait rien voir, comme sans doute tout les spectateurs présents.

    Finalement, le plus jeune des mestres poussa un petit cris.

    - Non ! Ce n'est pas possible !

    - Cela est courant dans les joutes, le tempéra un autre, c'est un coup de malchance...

    Puis, se tournant vers l'estrade, il déclara avec une pointe de tristesse dans la voix :

    - Mesdames, messires... le roi est mort.

    Sansa s'éveilla pour de bon en apprenant la nouvelle.

    Le prince, qui jusque là était resté tranquillement assis avec sa coup à la main, se releva d'un bond cette annonce.

    - Pardon ? Le roi est QUOI ?

    - Il... mort, messire... un accident...

    Le mestre avait reculé d'un pas devant le regard furibond de Viserys.

    - Il a reçut une écharde de lance dans l'oeil, par la visière du heaume... un accident regrettable...

    Le chevalier de Cendregué, lui, ne paraissait pas très à son aise. Régicide involontaire, ça se traduisait comment en justice, ça ? En tout cas, de l'avis du prince, ça ne devait pas rester impuni : il enjamba la barrière et se retrouva dans la lice, et parcouru à grand pas la distance qui le séparait de son père. Après l'avoir observé quelques temps en silence, ce corps ensanglanté dans sa propre armure, il releva la tête vers Renly.

    - Vous avez tué le roi ! A quelqu'un qui ose porter la main sur le sang du dragon, on lui coupe la main. Que pourrait-on bien couper à quelqu'un qui a tué un dragon ?

    Sansa couru aux lices pour observer la scène, accompagnée de Ellyn.

    - Houlà... ça à l'air de barder...

     

    Le chevalier, maintenant descendu de cheval, paraissait encore plus petit. Son ecuyer, un grand gaillard aux larges épaules, contrastait étrangement avec lui quand il vient l'aider à enlever son heaume.

    - Alors, messire, à votre avis ? Est ce que je vais devoir vous trancher les deux bras, ou seulement la tête ?

    - Mais... je... c'est un regrettable accident... les mestres ont dit...

    - Les mestres ont été incapables de sauver mon père, les citer ne vous sauvera pas ! Et vous n'avez toujours pas répondu à ma question...

     

    - Bon sang... murmura Sansa...

    Ellyn l'attrapa par la manche :

    - N'y va pas, c'est trop dangereux...

    - Attend, je veux regarder !

    Comme le chevalier, muet de stupéfaction et de peur, ne répondait pas, c'est son écuyer qui fit un pas en avant et lança :

    - De toute façon, de quoi vous plaignez vous ? Vous ne l'aimiez guère, tout le monde le sait. Rien qu'hier, on entendait le bruit de vos disputes à travers la toile de votre tente.

    - C'était mon père ! Et le sang du dragon ! Il n'aurait pas dû mourir ainsi, et vous, jamais dû oser me parler sur ce ton !

    Comme la situation allait en s'envenimant, le seigneur de Vivesaigue jugea bon d'intervenir avant la première effusion de sang. En effet, la main de Viserys s'était posée sur la poignée de son épée, tandis que l'écuyer colossal s'était placé entre lui et son maître, comme pour le mettre au défi d'aller plus loin.

    - Calmez vous, demanda donc le seigneur en se levant de sa chaise, ce n'est pas rendre hommage à feu notre roi que de ce conduire ainsi alors que son corps repose toujours sans sépulture. Nous allons faire emprisonner Ser Renly, si vous le souhaitez, prince, mais il est probable qu'il n'y ait eu aucune mal intention, et...

    - Et vous allez le relâcher dans quelques jours sans plus l'inquiéter, alors qu'il a tué le roi ! J'ai bien comprit !

    Ellyn et Sansa avaient les yeux rivés sur ce qui se déroulait sur le terrain. En bas, dans les lices, le prince avait tiré son épée et clamait qu'il fallait au moins payer le prix du sang... un oeil en moins, déclarait-il, ne devait pas être grand chose à côté de la vie d'un roi. A force d'instistance, le seigneur de Vivesaigue réussit à faire renoncer temporairement le prince à sa vengeance, et Ser Renly Cendregué et son écuyer furent envoyé dans quelque confortable cellule de Vivesaigue.

    Sansa se sentait épuisée, elle décida de retourner à sa tente. Ellyn lui emboîta le pas, non sans avoir jeté un dernier regard vers les lice où un attroupement s'était formé et où les discutions allaient bon train.


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